Confessions & Réflexions

Publié le par ayaviri

Qu’est-ce que vivre au Pérou, dans les Andes, a Ayaviri ? Quel est notre quotidien ? Quelles « qualités » développons-nous ? Quelles limites trouvons-nous ?


Avec 1,5 an d’expérience, de partage, de compréhension et d’incompréhension, je me sens prête à écrire ces quelques lignes, peut être maladroitement….


La patience ou l’impatience ?


  - Attendre patiemment que les femmes avec qui je travaille arrivent à la formation. On fixe toujours une heure, souvent 10h mais le groupe est complet à 12h seulement. 2 heures à attendre ? Oui et non, on discute, on me met au courant de ce qui ne se dit pas officiellement, des nouvelles familiales et intimes (elles parlent très peu d’elles). Mais il reste peu de temps pour réellement travailler et « avancer » ! De quoi s’interroger sur leur motivation me disais-je, mais le temps et l’efficacité ne fait pas vraiment partie de leur vocabulaire.


  - Attendre patiemment qu'une réunion de bureau commence. Je sais qu’il est inutile d’aller en salle de réunion à l’heure mais plutôt ½ heure (minimum) après et attendre les collègues.


  - Attendre patiemment des « invités »  et commencer à s’inquiéter au bout d’une heure de retard mais pas avant.


  - Attendre patiemment quand à l’épicerie, c’est la grand-mère, voir l’arrière-grand-mère qui met 3 plombes à me rendre la monnaie et que je suis un peu « pressée », un peu quoi ?? Oui pressée, mot à oublier ici.


  - Attendre patiemment quand j’arrive comme la première ou deuxième passagère et qu’il faut attendre que le combi soit plein ou archiplein pour partir …. Il faut donc attendre que 15 personnes arrivent et ça peut parfois prendre du « temps ».


La tolérance ou l’intolérance ?


  - Tolérance ou intolérance des règles de bureau qui sont souvent autoritaires voir dictatoriales ? Il y a très peu de consultations des équipes et seules les « cabezas » (têtes ou chefs) prennent les décisions sans consultation au préalable : 

  • pour la participation a un cadeau de départ (bien sur le montant n’est pas le même si c’est une personne avec un poste important qui part ou si c’est un simple ingénieur de terrain ou encore une secrétaire). 
  • pour la rédaction de projets de développement (les « cabezas » ne voient pas toujours l’intérêt de consulter les ingénieurs de terrain qui ont beaucoup d’expériences et des opinons intéressantes et alors, parfois, des projets sont écrits dans les bureaux sans même sortir consulter les futurs bénéficiaires ou les ingénieurs de terrain… Une aberration !). 
  • pour la mise en place du règlement de la nouvelle machine à pointer qui compte les heures de travail. Attention 1 jour de travail est décompté à la fin du mois s’ils excèdent 3 retards de plus de 10 minutes, par contre les heures supplémentaires de fin de journée ne sont pas comptées ni rémunérées !

 

  - Tolérance ou intolérance envers l’Eglise d’Ayaviri ? Nous vivons à Ayaviri avec une Eglise très radicale et extrémiste (de mon point de vue bien sûr). Finalement l’évêque et les prêtres ne font qu’appliquer la doctrine de l’Eglise (que je suis en train de lire, enfin le compendium uniquement). Où est l’erreur ou le problème ? Faut-il appliquer à la lettre ces règles qui peuvent paraitre désuètes aujourd’hui ? Ou alors, sont-ce les prêtres français que j’ai rencontré qui modèrent leur discours en France ? Je tolère au sein d’une même Eglise autant de divergences, il faut une réelle diversité pour répondre aux besoins de chacun. Certains ont besoin de prier, d’autres d’agir selon les valeurs de leur foi, d’autres d’aller à la messe et accomplir les rituels correctement… Mais nous devrions tous avoir cette position de tolérance, n’est-ce pas ? Les plus radicaux et traditionnels sont-ils aussi tolérants et acceptent ils ceux qui vivent leur foi différemment ? Mais alors pourquoi me reproche-t-on ma manière de vivre ma foi (c’est-à-dire assez librement et « légèrement », mais à ma manière et à mon rythme)?


  - Tolérance ou intolérance envers cet aspect laxiste ou passif des péruviens en général ? Leur capacité de ne pas dire, ne pas donner leur avis, ne pas dire non pour ne pas vexer l’interlocuteur. Ils peuvent me dire qu’ils viendront chez moi et ne pas venir, c’est en effet plus compliqué de me dire non que de me dire oui et de ne pas venir ! Imaginez les prises de choux ?!Aujourd’hui je fais la différence entre un vrai oui sincère et un oui plutôt négatif, un « oui mais non ». Cette passivité est aussi d’une certaine manière cette tranquillité sereine qui se dégage d’Ayaviri, rien ne presse, pas de voitures dans les rues, pas de stress… Tout est au ralenti et c’est agréable.


  - Tolérance ou intolérance des cultes a la Pachamama (la Terre Mere), aux Apus (esprits des montagnes)… Je réponds Tolérance et richesse culturelle ! C’est magnifique de voir ces croyances et traditions certes se modifier mais perdurer malgré tous les affronts reçus (colonisation, église actuelle …). 


  - Tolérance ou intolérance des cotes extrêmes des Ayavireños ? En effet, ils sont rudes entre eux et envers eux-mêmes. On peut se faire bousculer, piétiner sans une excuse. La politesse n’est pas vraiment présente comme dans mon pays. On peut rentrer dans une boutique et dire « pain » en doublant les personnes présentes sans que ça pose problème. L’individu n’a pas la même valeur. Des personnes sont assassinées tous les jours, tuées dans des accidents de voitures, les voleurs sont lynchés dans la rue, c’est « banal ». Les ayavireños sont également rudes envers eux-mêmes et ce qu’ils « s’infligent » est rude. La relation avec l’alcool en est la démonstration la plus parlante. Ils commencent à boire des bières, du pisco ou de l’alcool à 90º jusqu’à ne plus pouvoir, jusqu’à dormir par terre ou dans la rue, et être dans des états extrêmes, jusqu’à oublier  et s’oublier ? Pourquoi ? Peut-être parce que ce peuple a une histoire douloureuse et récente ? La colonisation, des dictatures militaires et récemment une période de terrorisme qui a laissé des milliers de morts notamment à Ayaviri qui a été une zone très touchée. C’était la période du Sentier Lumineux (1980-200). Les paysans étaient soupçonnés par les terroristes et les militaires d’appartenir au camp ennemi (terroristes contre militaires). Il y avait beaucoup de suspicion, de méfiance des inconnus, ils ne pouvaient alors compter que sur eux-mêmes.


Finalement, je me rends compte que la question Tolérance/Intolérance ne se pose pas. Les évènements et les faits sont là, il faut les accepter et savoir trouver sa place, savoir « doser » et savoir faire avec.


La compassion ou le « prendre trop à cœur » ?


Voyez-vous la différence ? Pour moi la compassion, c’est être capable de partager, de vivre avec, de compatir des souffrances avec une distance viable. Au contraire, le « prendre trop a cœur » c’est de ne plus doser cette distance et souffrir a la place des autres, dépasser la limite de la compassion.


La compassion ou le « prendre trop à cœur » ? Voir sans cesse les enfants sales, les personnes âgées et malades sans accès aux soins médicaux, les femmes qui viennent pleurer dans mon bureau car c’est également celui de ma collègue infirmière a qui elles demandent de l’aide, les situations familiales extrêmes des femmes avec qui je travaille (maris alcooliques et violents, inceste…), la saleté des rues, des toilettes, les chiens errants et parfois mourants, l’injustice et l’iniquité des richesses…

C’est certainement ce qui m’est le plus difficile ici et tout dépend des jours !


En conclusion, mon volontariat c’est être prête tous les matins pour recommencer à zéro, effacer les rancœurs, énervements de la veille, vivre la journée tout sourire, laisser passer et couler les évènements difficiles, ne pas trop prendre à cœur les incompréhensions, analyser sans trop se prendre la tête… Un exercice personnel difficile mais passionnant avec ce but de vouloir aider les autres, apporter des choses nouvelles, ou « faire lever la pâte du pain, ensemencer de levain le peuple pour qu’il se mette davantage debout » (Paco D’alteroche).


Une petite photo pour philosopher et reposer l’esprit …. Et si vous voulez rire regardez ce lien, il est dans le theme!


http://volontairedcc.tumblr.com/ Il faut attendre patiemment que ça télécharge et regarder à partir du bas de la page. 


Ceux qui m'ont drolement fait rire : 

 -Quand tu reçois du courrier de tes amis

-Quand ton collègue n’a toujours pas compris ce que tu lui demandes 

 

Quand tu apprends que la livraison a encore plus de retard que les 2 mois prévus

Quand tu sais que tu vas monter dans une voiture pour 5 alors qu’il y a déjà 7 personnes dedans

Quand ça fait 5 fois que tu essayes de te connecter à internet

 

Camille.

 

 P1010810


 

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THIBAULT 30/11/2012 21:35

Du chemin parcouru .... mais qui serait sans doute très profitable à chacun d'entre nous, ici en France, dans notre société pressée, stressée, réactionnaire!!!!
A bientôt et bon courage.