La cérémonie de première coupe de cheveux - El corte de pelo

Publié le par ayaviri

Dimanche midi, nous arrivons avec 30 minutes de retard acceptables au Pérou. Gregorio et sa famille nous attendent car aujourd’hui est un jour spécial. Nous sommes invités pour « el corte de pelo », ou cérémonie de première coupe de cheveux de Anely, 3 ans.

 

En effet, dans les Andes au Perou, on laisse pousser les cheveux de la nuque des enfants sans les couper, jusqu'a cette  cérémonie. Cette cérémonie représente la fin de la petite enfance, l'entrée dans l'enfance, la construction de la personalité, l'elargissement du cercle social de l'enfant (choix de parrains..), et l'entrée de l'enfant dans le monde des "grands" avec l'image de la "vente" de la laine (d'alpaga).

 

La pièce de stockage ou fourre-tout a été aménagée avec des tables et des chaises, une odeur de viande fraiche et des peaux de moutons et d’alpagas nous pique le nez en entrant. 


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Une soupe nous est servie rapidement, soupe bien chaude aux tripes, au quinoa, pommes de terre et chuño. Avec cela dans le ventre, nous sommes déjà bien rassasiés. Puis vient le plat consistant, viande et pommes de terre cuits au four. Repas dans une bonne ambiance avec Anely, Juana sa maman, Gregorio le grand père (45ans), Francisco l’arrière grand père avec des franches rigolades car Anely est une chipie, qui aime la viande avant tout. Anely est la fille de Juana et de père inconnu, et petite fille de Gregorio et Dorotea. Bien sauvage au début, Yves l’a apprivoisé petit à petit lors de ses visites régulières de travail dans cette communauté. Il travaille beaucoup avec Gregorio et ils se connaissent depuis 1 an déjà. J’ai donc trouvé une Anely joyeuse, pas farouche du tout, charmeuse même et très sage.

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Puis Dorotea et ses filles qui jusqu’alors étaient a la cuisine arrivent enfin pour le moment solennel du Corte de pelo. 

La première étape consiste à faire un cadeau à la Pachamama, notre terre mère. Gregorio réunit alors dans un petit paquet : de l’encens, du maïs, de la graisse d’alpagas, des feuilles de coca réunies par trois. Car chacun choisit 3 belles feuilles de coca, puis il invoque la chance, la bienveillance aux 4 vents et les dispose dans le paquet. 


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Apres une « bonne » observation, je fais la même chose : choisir les feuilles, demander une belle vie pour Anely et disposer dans le bon sens les feuilles de coca, mais Gregorio m’arrête ! Zut, j’ai fait une gaffe… Je n’avais pas « observé » que les femmes donnent les feuilles de coca aux hommes qui les disposent. Petit détail qui a son importance car le lien avec la Pachamama est parfois sexiste (dans une mine, les femmes ne peuvent pas toujours rentrer dans la montagne exploitée par peur que la Pachamama ne soit jalouse et ne donne plus son or, ou métal précieux). Ce petit paquet étant fait, Gregorio le porte au feu de la cuisine. 

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Dans la même idée d’offrir à la Pachamama, nous nous servons des verres de vin entre nous et à tour de rôle allons les jeter sur la terre et la maison. Nous choisissons de nouveau plusieurs groupes de 3 belles feuilles de coca que nous nous portons à la bouche de chacun (homme et femmes également). Un très beau geste qui nous fait penser à la communion finalement. Une embrassade générale pour se souhaiter « buena hora » et se dire que tout s’est bien passé clôt l’étape du cadeau à la Pachamama.
Commence alors « el corte de pelo » en lui-même. Gregorio note sur son cahier les noms des participants, des parrains (nous) et on nous annonce qu’il y aura trois tours. Yves commence et coupe une mèche de cheveux d’Anely qui est bien sage sur la table. Avec les ciseaux il fait mine de peser les cheveux, apparentés a la fibre d'alpaga et annonce un prix, 50 soles… C’est sa participation au premier tour. 


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Chacun fera de même, la mère, le père, le grand père, l’arrière-grand-père, l’arrière-grand-mère par procuration, la madrina (moi) et Yves (el padrino). L’idée est de former un petit pécule pour Anely. Gregorio fait les comptes des billets dans l’assiette et de son cahier et il dit que tout est conforme (on est rassurés !). 


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On offre à Anely des chaussures, un pantalon et un sous pull. Elle est ravie et annonce qu’elle va jeter ses vieilles baskets !

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Nous terminons cette journée par le partage de quelques bières qui tournent à la péruvienne toujours (un verre et une bouteille que l’on passe au voisin) et quelques photos.

Mais qu’avons-nous vécu ? Une coutume importante ici a Ayaviri, des traditions très ancrées qui perdurent, des croyances différentes du catholicisme, un partage sincère avec cette famille et pas intéressée par notre argent (certains parrains donnent jusque 1000euros et Yves en avait bien discuté avec Gregorio auparavant) mais une famille qui, tout de même, pense avoir fait le bon choix de parrains pour Anely et pour son futur. En effet, les parrains sont garants de l’enfant, de sa vie et devront l’aider en cas de nécessité. Ce n’est donc pas par hasard que nous avons été choisis ; la mère et les grands parents d’Anely ont vu en nous une opportunité différente pour cette petite. Nous avons beaucoup réfléchi avant d’accepter et aujourd’hui nous sommes liés avec Anely, son destin est en nous. Nous en sommes fiers et heureux !

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sonia 14/09/2013 13:54

Bonjour je veins de lire botre article . Jai le larmes au yeux .la semaine prochain je fait cette ceremonie ici en france a ma fille SOLEIL. Je suis peruvienne de AREQUIPA .et je garde aussi mes
traditions. Merci de avoir partage votre experience au peru en los andes gens ils son tres genereux laba meme si i, ls son pas bea6coup de argent donne avc joie.

Baba 25/12/2012 10:01

Quel honneur la madrina et el padrino..

Rustine 09/09/2012 18:08

Wahou Jorge grandi ! :)