Le projet d'Artisanat

Publié le par ayaviri

Cela fait bientôt 3 mois que j’ai commencé mon nouveau travail avec une nouvelle équipe et une nouvelle mission. Voilà enfin un article pour vous raconter ce que je fais !

 

L’IER est l’Institut d’Education Rural à Ayaviri. L’IER travaille dans 6 communautés (ou villages) qui ont la particularité d’être éloignées d’Ayaviri et de ne pas avoir pas reçu de projets précédemment. La plus éloignée nécessite 2 heures de trajet en moto, je suis devenu une vraie motarde sur pistes !

 

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Sur la route du travail

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Dans ces communautés les gens vivent surtout de l’élevage (bovins, ovins, alpacas) et de la production d’autoconsommation de quinoa, pommes de terre, avoine... Bref les revenus sont maigres. Chaque année en Décembre, les moutons et les alpacas sont tondus. Le plus souvent la laine est vendue à des intermédiaires à prix très bas ; la livre de laine (0.5kg) coute 7 soles soit 2.20 euros. De plus, en parallèle les femmes ont l’habitude de filer la laine et de tricoter pour leurs maris, enfants…

 

L’idée de mon projet est de valoriser cette matière première et le savoir-faire de ces femmes (et hommes parfois). Il y a 3 axes de travail :

 

L’organisation : C’est Lilian ma collègue assistante sociale qui s’occupe de ces formations qui consistent à enseigner les responsabilités de chaque personne au sein d’une association (président, secrétaire, trésorier…), ce qu’ils doivent faire, comment mener une réunion. Avec Lilian, nous avons légalisé une association. Ce n’est pas du gâteau… Il faut écrire les statuts, passer chez l’avocat, chez le notaire puis aux registres publics qui sont a Juliaca. Vous pouvez imaginer que cela demande du temps et de l’argent car bien sur tout le monde se sert (surtout le notaire) ! De plus, nous avons eu des observations donc tout est à refaire…. Je ne suis pas vraiment fière et notre avocat s’avère être un « bandit ». Il a repoussé les limites de ma patience, et ca ne sert a rien de lever la voix ; il n’en a rien a faire, quitte a remettre en cause le prix. Mais on comprend plus facilement pourquoi il est si difficile de prendre des initiatives au Pérou, les démarches administratives sont onéreuses et très compliquées.

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L'association de Artesania Las Estrellas de Jatun Sayna


Puis l’IER a débloqué un budget pour apporter des formations sur l’artisanat. J’ai alors fait des entretiens d’embauche pour embaucher une formatrice spécialisée en filage de la laine, tricot, finitions… Pas de problème pour répondre au téléphone pendant l’entretien, difficile d’avoir un réel plan de travail détaillé (normalement c’est le projet qui leur dit ce qu’il faut faire), difficile parfois d’avoir un mail, compliqué de parler prix en face a face… Encore une fois, j’ai beaucoup appris sur le monde du travail au Pérou. Nous avons donc embauché Béatrice qui va donner des cours à chaque communauté (14 jours/communauté). De la, il faut que les femmes arrivent a l’heure, que les maris les laissent venir, qu’elles retiennent ce qu’elles apprennent, puissent pratiquer chez elles… Beaucoup d’obstacles a surmonter. J’espère qu’elles arriveront à un bon niveau technique pour faire des bons produits. h  Le premier thème est la sélection de la fibre sur une « peau » d’alpaca. Il y a en effet plusieurs qualités de fibres sur un alpaca. Puis il faut filer la laine avec la pushcca (toupie), avec un gramme de laine, il faut obtenir 10 mètres environ de fil (certaines arrivent a faire 16 mètres !). J’ai essayé et c’est très technique et difficile. Elles ont bien rigolé en me voyant faire.

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Maria en train de filer la laine


Puis viendront les différents points de tricots, la fabrication d’accessoires, la création de pull, écharpes… La plupart des femmes savent déjà faire beaucoup. Enfin, elles apprendront l’importance de la qualité et de la propreté des articles pour certains marchés exigeants (l’exportation). De même, je vais leur faire une formation sur la créativité et les tendances des marchés, qu’elles puissent se rendre compte que les gouts et les attentes changent selon le pays ou elles vont vendre. L’objectif est d’avoir des produits qui respectent leur identité (couleurs, dessins…) et qui s’adaptent aux demandes des marchés européens et nord-américain.

 

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Une femme assidue!

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L'association de Pichacani en formation

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"repas": galette de quinoa ou de farine, pommes de terre, maïs...

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Yves m'accompagne parfois, il s'amuse avec les petits.

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Et le dernier volet du projet est la commercialisation, la clé de la réussite du projet et sa durabilité. Bien sur, ce sera déjà une réussite si les femmes se sont formées mais encore plus si elles peuvent vivre d’une activité nouvelle. Vendre de l’artisanat au Pérou s’avère assez compliqué car le marché est déjà saturé ! Il faut donc s’orienter sur des marchés de qualité, d’exportation et de commerce équitable. Mon objectif est de trouver les clients qui vont respecter l’artisan et son travail.


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Des bonnets


J’ai rencontré la CIAP qui est une coopérative d’artisans et un des fournisseurs d’ « artisans du monde » en France. C’est ainsi que je suis allé a Lima avec Julia, une présidente d’association récemment créée pour se présenter a la CIAP. Les membres de la CIAP ont voté et ont accepté cette nouvelle association de Julia malgré un contexte de crise économique mondiale, ce qui signifie moins de ventes. De plus, le cours du dollar et de l’euro baissent et cela atteint le chiffre d’affaire des artisans. La CIAP est une coopérative qui vend en commerce équitable aux Etats Unis, en Italie et en France principalement ; cela offre à l’association des prix intéressants, des débouchés, une organisation, des formations… Julia, la présidente, ne connaissait pas Lima et très peu « la ville ». Ca a été un moment très fort pour nous deux ; elle découvrait les immeubles modernes de Lima, des personnes de son pays mais d’autres régions tellement différentes (couleur de peau, vêtements…), la foule… l’étape de l’escalator a été une révélation « Comment ca marche? Je monte quand ? ». Elle était impressionnée et avait un peu peur. Et puis, elle a vu pour la première fois l’océan, la mer ! « C’est tellement grand » « Que font ces gens sur une planche ? » Je me suis donc mise à expliquer le principe du surf ! Et voila ce qui restera gravé en moi « même mes rêves ne m’avaient pas emmené jusqu’ici ».

 

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Julia et moi a Lima

 

Je continue de chercher d’autres débouchés pour les autres associations. Et je cherche des idées pour des produits qui intéresseraient les français, européens… Donc si vous avez des idées ? A vos mails !!

 

J’espère ne pas avoir été trop longue mais il y aurait tellement d’anecdotes à raconter… Ce que je sais c’est que j’ai enfin trouvé ma place, mon travail, un sens a mon volontariat et qu’importe le résultat comme on l’entend c'est-à-dire le résultat chiffré et économique. Le résultat sera forcement humain : ces femmes auront appris, elles auront grandi et moi aussi !

Camille.

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amandine giraud 27/03/2012 16:16

salut Camille!
bravo pour ce que tu fais c'est vraiment impressionnant!!
bon courage pour tout ce que tu entreprends tu peux être fière de toi!!

bisous